Que dire à l'enterrement de sa mère
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Parler de sa mère devant une assemblée met souvent face à une difficulté particulière : on la connaît trop, et trop intimement, pour la résumer. Tout ce qui vient à l'esprit paraît soit trop banal, soit trop intime pour être dit devant des collègues et des voisins.
Il n'y a pas à choisir entre les deux. Ce qui touche une assemblée, ce sont précisément les détails ordinaires — parce que chacun y reconnaît sa propre mère.
Le détail vaut mieux que le portrait
« Elle était généreuse et courageuse » ne dit rien. C'est vrai de presque toutes les mères, et l'assemblée l'oublie en trois secondes.
« Elle gardait les élastiques des bouquets dans un tiroir de la cuisine, et il était plein » dit tout : une génération, une manière de vivre, une économie de gestes. Et personne ne l'oublie.
Cherchez donc les objets, les phrases, les manies. C'est là qu'elle est.
Trois entrées possibles
Selon ce que vous vous sentez de dire, une de ces trois portes s'ouvrira plus facilement que les autres.
Par un lieu. La cuisine, la voiture, sa chambre d'hôpital ces derniers mois. Décrivez-le, et elle apparaît dedans.
Par une phrase à elle. Celle qu'elle répétait et qui vous agaçait. Dire qu'elle vous agaçait est permis, et fait souvent rire — le rire est un soulagement que l'assemblée attend.
Par ce qu'elle vous a appris sans le dire. Une manière de recevoir, de tenir un budget, de ne pas se plaindre. C'est l'hommage le plus fort, parce qu'il prouve qu'elle continue.
Ce qui aide à tenir
La voix lâche presque toujours au même endroit : quand on la nomme, ou quand on s'adresse à elle directement. Deux choses aident réellement.
- Écrivez le texte en entier, même si vous pensez le connaître. La méthode pour écrire un discours vaut aussi ici. Lire est plus facile que se souvenir, et le papier donne une contenance aux mains.
- Prévenez quelqu'un qui pourra prendre le relais et finir la lecture si vous ne pouvez pas. Le savoir suffit souvent à ne pas en avoir besoin.
Pleurer pendant un hommage à sa mère n'est pas un échec. Personne dans la salle ne pense le contraire.
Si la relation était difficile
Beaucoup de gens cherchent quoi dire justement parce qu'ils ne peuvent pas dire « c'était une mère formidable ». Vous n'y êtes pas obligé.
Vous pouvez parler de ce qu'elle a traversé, de ce qu'elle a essayé, de ce que vous comprenez mieux aujourd'hui. Vous pouvez aussi vous en tenir à trois phrases factuelles et vous asseoir, ou laisser un poème dire ce que vous ne voulez pas formuler vous-même. Une assemblée sent la sincérité contrainte, et la respecte davantage qu'un éloge de commande.
Recueillir ce que les autres diront
Vous ne serez pas seul à parler d'elle ce jour-là. Ses amies, ses collègues, ses voisins raconteront des choses que vous ne savez pas — c'est souvent le moment où l'on découvre une partie de sa mère qui ne nous appartenait pas.
Ces récits-là s'évaporent en quelques semaines. Demander aux proches d'écrire ce qu'ils ont raconté, tant que c'est frais, est l'un des rares gestes qu'on ne regrette jamais.