Un texte pour rendre hommage à sa grand-mère
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Rendre hommage à une grand-mère pose une difficulté que les autres hommages n'ont pas : on l'a presque toujours connue déjà âgée. On parle d'une femme dont on a manqué les deux tiers de la vie.
C'est justement de là qu'il faut partir.
Évitez les trois clichés
Ils reviennent dans neuf textes sur dix, et ils effacent la personne au lieu de la montrer :
- « Elle avait toujours un mot gentil. »
- « Elle nous a tout appris. »
- « Sa maison sentait bon. »
Le problème n'est pas qu'ils soient faux — c'est qu'ils sont vrais de toutes les grands-mères. Une assemblée les entend sans les écouter.
Remplacez chacun par un fait — c'est le principe de toute la méthode d'écriture d'un discours. Pas « elle cuisinait bien », mais « elle faisait son bœuf bourguignon la veille, parce qu'elle disait que c'est le lendemain qu'il est bon ». Le second dit la même chose, et il la fait exister.
Parlez de ce que vous n'avez pas connu
Une grand-mère a été une jeune femme, elle a travaillé, elle a peut-être traversé une guerre, un exil, un veuvage. Vous n'avez pas connu cette femme-là. Le dire est un hommage.
« Je l'ai connue à soixante-dix ans. J'apprends aujourd'hui qu'à vingt ans elle est montée seule à Paris pour travailler. Je crois que je n'ai jamais vraiment su qui elle était, et ça me manque plus que tout le reste. »
C'est le genre de passage qui fait pleurer une assemblée, parce que tout le monde a la même chose à se reprocher.
Si vous parlez au nom des petits-enfants
C'est souvent le cas, et il y a une manière de le faire qui vaut mieux qu'un texte lissé : demandez à chacun une phrase, et lisez-les en les attribuant.
« Léa dit qu'elle se souvient de ses mains. Tom, de la fois où elle l'a couvert auprès de nos parents. Moi, de sa façon de dire "on verra" quand la réponse était non. »
Trois phrases, trois voix, et la personne apparaît en relief. C'est aussi plus facile à écrire, et plus facile à lire quand on a la gorge nouée.
Pour un enfant qui veut dire quelque chose
Un enfant peut parler s'il le souhaite, et personne n'attend de lui un texte. Une phrase, un dessin posé sur le cercueil, une chanson : tout est reçu. Ne le forcez pas, et ne l'empêchez pas non plus — être écarté de la cérémonie est un regret qui dure longtemps.
Ce qu'elle n'a jamais raconté
La perte d'une grand-mère est presque toujours la perte d'une mémoire : les noms sur les photos, l'histoire du village, la raison pour laquelle telle branche de la famille ne parle plus à telle autre. Personne ne pense à demander pendant qu'il est temps.
S'il reste des grands-parents, c'est le moment de les enregistrer — dix minutes sur un téléphone suffisent. Et ce qui a été dit pendant la cérémonie, les cousins qui se souviennent, les photos qui ressortent : rassemblez-les tant qu'ils circulent. C'est dans les semaines qui suivent une mort qu'une famille se raconte le plus, et c'est presque toujours ce moment-là que personne ne garde.